Remorquage Fina Scandinavie - Perte du gouvernail

Publié le par Finamar

 

Voyage très mouvementé

 

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Appareillage de Fos/Mer le 15/01/1974 à 12h00:


* Vers 12h30, peu de temps après l'appareillage ----> avarie de la Turbo-soufflante avant du Moteur       principal.

Pour information cette TS a été visitée par les Chantiers durant l'escale.


* Après avoir isolé les cylindres 1 - 2 - 3. nous faisons route sur rade de Marseille.

 

* La TS est démontée et remise en état par les chantiers (SPAT), nous quittons le mouillage le 16 janvier  à 16h00 pour Forcados au Nigéria.

 

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

20/01/1974


* 16h00 le lieutenant et l'adjoint de quart, aperçoivent depuis la passerelle un navire visiblement en détresse, dont les marins essaient d'attirer l'attention par de grands gestes à notre intention.

Il s'agit d'un navire Grecque "PANAGIOTIS" commandant Hindou et armé par des Sénégalais.
Apparemment le navire est en dérive à la suite d'une panne du moteur principal ainsi que des auxiliaires.


* A 16h30 une baleinière du "Fina Scandinavie" est mise à l'eau, pour monter à bord du "Panagiotis" et estimer les moyens disponibles à bord du navire.
Le Commandant du "Fina Scandinavie " François L." entame une manoeuvre pour s'approcher au maximum de l'autre navire..

Après une manoeuvre remarquable, nous passons 2 aussières en guise de remorque, et tentons  un remorquage.


* 18h30 la remorque se rompt.
La nuit tombant, nous sommes dans l'impossibilité de tenter une autre intervention.
Après avoir lancé un appel radio pour signaler la situation du Panagiotis, le Fina Scandinavie reprend sa route à 20h30.

 

                                                       !§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

 

Après cette nouvelle péripétie, nous avons poursuivi notre voyage pour chargement à Forcados au Nigéria.

 

Composition de l'équipage (de mémoire)

 

Commandant François LEROUX Second Capitaine Pierre RAUBIET
Chef Mécanicien Michel BEGAUD Second Mécanicien Armand HAMON
1er Lieutenant GUEGUEN 2ème Lieutenant Fernand ALLOT
Officier Radio Pierre MASSON 3 ème Mécanicien LORGERE
4 ème Mécanicien Guy LAGEISTE Electricien Georges PARENTHOEN
Bosco MOIGNET Maitre Machine Yves LE BIHAN
Pompiste   Adjoint de Quart RIPAMONTI
Graisseur LE LOUARN    
Ouvrier Mécanicien
France HOREL
   
       
       
       

 

L'épouse de l'électricien était du voyage.

  • Je n'avais pas noté la composition de l'ensemble de l'équipage, si vous avez des informations sur le sujet, merci de me les communiquer

                                                                 §§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

Après chargement à Forcados le navire doit remonter à ordre sur Dunkerque.

 

07/02/1974

Passé Cap Finisterre à 08h00

•  08h15   de fortes vibrations sont  ressenties à la machine


    08h20 L'officier de quart passerelle constate que la barre ne répond plus, et prévient le Second Mécanicien (Armand Hamon) qui rejoint immédiatement le local appareil à gouverner.

Après manoeuvre de la barre en local,  je constate que le servo-moteur fonctionne parfaitement. En liaison par interphone avec la passerelle nous en  déduisons que l'avarie se situe sans doute au niveau du gouvernail.

 

  08h45 Nous ralentissons le moteur principal en avant lente --- un  navire coupe la route.

---> Coupé réchauffage du FO du moteur principal pour procédure passage au DO.

 

  09h30        Stop machine.        Navire non maître de sa manoeuvre.

Le navire étant chargé, nous n'avons aucune visibilité sur le gouvernail à l'arrière du navire.(descendu une "chaise" à l'arrière)

Après analyse de la situation, nous en déduisons que: "nous avons perdu le gouvernail"!

 

Après contact avec l'armement, le remorquage est envisagé.

A ce moment précis le temps est au beau, vent faible, mer peu agitée.

 

→  Un remorqueur quitte Brest à notre rencontre - HERMES.

Dans le même temps un remorqueur appareille de Vigo et fait route sur nous.


  08/02/74

Le remorqueur espagnol  " COLON" immatriculé à Cadix, est attendu pour 0h00.

Toute liaison radio avec ce remorqueur est impossible (panne de son émetteur).


03h00 passage de la première remorque, malgré les difficultés de communication.

Nous cassons successivement 2 remorques.

La décision est prise d'attendre le lever du jour pour reprendre les opérations.

 

09h00, après passage d'une nouvelle remorque, nous constatons que le remorqueur est incapable de mener à bien l'opération de remorquage. Pendant cette opération la remorque passe sous notre navire.


  13h00  une nouvelle tentaive de remorquage est tentée, malheureusement une manoeuvre inappropriée du remorqueur, engage la remorque dans  notre ancre Babord (à poste).

Après essai de larguage qui s'avère impossible, la décision est prise de couper manuellement la remorque.

Notre bosco très habile et surtout très agile atteint la remorque après s'être faufilé par le chaumard avant, les pieds retenus par 2 matelots.

Il s'avère que le COLON remorqueur de 1 600 CV ne sera pas suffisamment puissant pour assurer le remorquage navire chargé.

Le remorqueur reste néanmoins à proximité jusqu'à 16h00 avant de rejoindre son port d'attache.

 

Dans le même temps un chalutier Français le " SAINT JUDE" immatriculé à Lorient (Armement Jègo-Quéré), en pêche dans les parages, propose ses services.

Après contact avec l'Armement nous acceptons son aide.,

il fait donc route sur nous, en rêvant, sans doute, d'une "pêche miraculeuse".

 

  09/02/74

Le chalutier est attendu sur zone à 02h00.

Il s'agit d'un chalutier de 2 000 CV pêche arrière muni de fune de 28 mm.

  03h00 nous passons la remorque, sachant que la puissance ne sera pas suffisante pour assurer un remorquage,

La machine du Fina Scandinavie est mise en avant lente, mais ce dernier, malgré l'aide du chalutier est impossible à diriger.

  04h00 abandon du remorquage.

 

  07h00, nous sommes toujours à la dérive.

La distribution eau douce à bord est coupée (conservons l'eau pour les chaudières)

La côte est en vue.

Le temps fraichi, la météo est mauvaise.

Nous sommes seuls, sans aucune nouvelle.

 

10h00, nous sommes prévenus que 2 remorqueurs se dirigent sur nous après avoir quitté Brest.

Le remorquage vers la France est à cet instant envisagé, par l'Armement.

Ces remorqueurs sont attendus pour le 10 au soir.

 

16h00. Le Commandant annonce (diffusion générale) le remorqueur Allemand "ALBATROS" 4 000CV se dirige sur nous pour nous rejoindre demain matin.

Nous serons remorqués vers La Corogne (Espagne) pour déchargement, puis direction El Ferrol del Caudillo (Espagne-Galice) en câle sêche.

 

♦  Dimanche 10/02.

Le remorqueur "ALBATROS" nous repère au Gonio à 04h00. Il est sur zone à 08h00.

 

  10h20 après avoir passé la remorque nous commençons le remorquage, à la vitesse de 2 noeuds.

Mer très grosse -

Vent de NW 45 noeuds.

 

16h00, nous changeons de direction et nous mettons à la "Cape" direction Nord.

Mer ENORME

Vent NNW  force 12... vitesse 55 noeuds.

Il est impossible d'assurer le remorquage, avec l'aide de la machine nous nous éloignons des côtes pour éviter toute catastrophe.

 

Nous attendons un 2ème remorqueur allemand également le "WOTAN" qui devrait nous rejoindre demain.

2 adjoints de quart restent  sous le gaillard, par quart de 06h00,  pour assurer le "graissage" toutes les heures, de la remorque au passage du chaumard.

Forts paquets de mer sur le pont.

 

  21h00,  Incertitude sur le "WOTAN" car un navire libérien "TEXACO ..." est en dérive, dans le même secteur que nous, suite explosion de chaudière,

Vents de plus en plus forts - Ouragan annoncé.!

 

•  Nuit: Vent de plus en plus fort, mer déchaînée.

Impossible de se reposer.

De véritables montagnes d'eau s'abattent sur le navire et balaient tout sur leurs passages.

Bien que située au 2 ème étage au-dessus du pont principal, ma cabine donnant sur le fronton est remplie d'eau de mer jusqu'au niveau du surbau avec la coursive. Le joint du sabord n'a pas tenu.

Vent supérieur à 65 noeuds, creux supérieurs à 18 mêtres.

 

•  05h40 La remorque se rompt.

Nous sommes à nouveau à la dérive, livrés à notre triste sort.

Sommes obligés de mettre régulièrement la machine en route, à vitesse choisie, le navire tel une girouette se positionnant dans le "lit du vent" nous permettant de nous éloigner de la côte de laquelle nous nous rapprochons dangereusement.

Les 2 "gars" sont coincés sous le gaillard ( Pierre Raubiet Sd Capitaine et Ripamonti adjoint de quart), Les risques de retour vers le château arrière sont trop grands.

Le vent souffle de plus en plus fort (anémomètre bloqué) et la mer est en furie, le navire roule de manière dangereuse, nous faisant craindre le pire.

•  02h00 sur demande du Commandant l'Officier radio reste en contact permanent avec la station terrestre de "St Lys Radio". Le navire est en danger avéré.

 

•  09h30 Un navire nous coupe la route malgré nos signaux "Impossibilité de manoeuvre".

Le moteur principal ne répond plus en automatique. Passons télécommande en manuel.

Le remorqueur "Albatros" nous ouvre la route.

Cette fois la situation devient alarmante.

Faut-il abandonner le navire ???

 → 3ème jour sans eau douce, le moral de l'équipage est au plus bas.

Le combustible DO diminue.

Après passage de chaque vague, nous pouvons constater des dégats très  importants sur le pont: tuyaux et collecteurs arrachés, coupée enroulée autour du mât tribord comme un vulgaire fêtu de paille.

 

•  13h00, le vent mollit un peu. Des pointes supérieures à 65 noeuds ont été enregistrées par le remorqueur.

Mais la mer bien formée, reste très grosse et ne permet pas d'envisager à nouveau une opération de remorquage.

 

Nos collègues sont toujours coincés sous le gaillard.

 

  16h00, les gars peuvent prendre le risque de revenir à l'arrière, les dégats sur le pont sont énormes.

 

•  16h35, Nous passons une remorque vers l'Albatros.

•  17h30, le Wautan passe une remorque à son tour.

•  20h00 nous débutons le remorquage direction la Corogne.

Durant la nuit le roulis devient moins violent.

Nous tenons bien à la mer, le remorquage se déroule parfaitement.

 

12/02:

5 jours passés, entamons le 6 ème, l'espoir revient.

Ce soir nous serons amarrés à la Corogne. "Si Dieu le veut"!

 

  15h00   La remorque du Wotan se rompt brusquement à son bord.

Nous estimons à environ 1 km de remorque qui pend à la sortie de notre chaumard avant., ce qui représente à peu près 50 tonnes d'acier en pendant.

Notre guindeau s'avère insuffisant pour remonter le fil d'acier à bord.

•  14h45, le remorquer met un zodiac à l'eau avec 3 hommes à son bord, de véritables "trompe la mort" vu l'état de la mer.

Nous tentons avec l'aide de ces 3 hommes de récupérer la remorque, hélas peine perdue, nous devons nous résigner à la couper, au burin et au marteau.

Cap au Nord, d'un commun accord afin de ne pas prendre de risqe inutile avec un seul remorqueur.

•  20h00. Nouvelle remorque caplée du Wotan au Fina Scandinavie. Reprenons le remorquage.

 

Nuit: léger roulis.

Entrée au port prévue demain matin à l'aube.

Enfin la fin du cauchemerd ? Pas si sur!

 

♦  13/02:

Nous devons à nouveau faire Cap au large, car le vent s'est levé, faisant craindre une nouvelle tempête.

Effectivement un bon coup de vent nous oblige à rester éloignés des côtes.

Nouveau risque, malgré le signalement "navire en remorque" bien visible, un navire nous coupe la route.

Par chance nous l'évitons, les remorques ont tenu bon malgré la sollicitation à laquelle elles ont été soumises.

Nuit: Roulis très important, devons à nouveau changer de route à 02h00.

 

  14/02

Une semaine d'écoulée, où nous avons vraiment craint pour notre vie.

Pour 11h00 nous devrions être à quai, nous voyons les feux de la Corogne.

Avec l'accord du Chef, je décide de redisposer l'eau douce dans les aménagements...une bonne douche va remonter le moral de l'équipage.

 

NOUS Y SOMMES!!!

  13h20, Remorque de l'Albatros tournée à l'arrière

• 13h30 La nouvelle remorque se rompt à nouveau.

• 14h30 passons la jetée de la Corogne.

Nous rentrons sans attendre, 5 remorqueurs nous accompagnent.

•  16h00 Navire ammarré.


C'EST FINI.

 

Le Directeur des Transports Maritimes de Fina France Philippe AVRON accompagné du Capitaine d'Armement

Robert EDOUARD, nous attendent et montent à bord.

 

Nous recevons les félicitations de notre Armement et des assureurs, autour d'un verre.

17h00 Vite les pompes de déchargement en service..... la vie reprend.

 

 

Cet épisode de ma vie maritime fut très fort.

Seuls ceux qui étaient du voyage peuvent comprendre.

Nous évitions d'ailleurs ce sujet lors des embarquements suivants,

il est des "choses de la vie" que l'on ne peut expliquer.

Les mots ne suffisent pas.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le 15 au matin le Commandant me prévient qu'un taxi m'attend le long du bord pour rejoindre l'Aéroport de "St Jacques de Compostelle" où mon épouse doit atterrir, après avoir transité par Madrid.

Pendant toute la durée de l'évènement elle fut en liaison avec l'Armement.

Je tiens à remercier le Capitaine d'Armement (aujourd'hui disparu) Robert Edouard qui a su faire preuve une fois de plus, de beaucoup d'humanité.

Robert Edouard est certainement un des derniers Capitaine d'Armement pour lequel la relation humaine avait un sens.

Merci Commandant!


-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Une partie de l'équipage a été remplacée à la Corogne, puis le reste après l'entrée en cale sêche à El Ferrol del Caudillo. (ville natale de Francisco FRANCO).

Seuls 2 membres de l'équipage sont restés à bord durant les réparations.....Ripamonti et..........moi même.

 

Le 11/04/1974, soit 2 mois après le début des évènements, j'accueille mon remplacant.

 

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le 18 février, organisé par le Commandant Le Roux, nous avons fait une sorte de pélerinage à la basilique de St Jacques de Compostelle. Croyants ou pas ce fut un grand moment d'émotion.

 

fs01

fs02

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

  Le 02 avril 1974, nous apprenions la mort du Président de la République Georges Pompidou.

 

 


 

* Article de presse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


Publié dans Evènements de mer

Commenter cet article

Celiandra 30/12/2010 22:29


un petit coucou de la fée. bisous